Description : Description : Description : 1PLAY A SONG FOR ME Description : Description : Description : 1etoileDescription : Description : Description : 1etoileDescription : Description : Description : 1etoile

Brésil/France (2009)

101 minutes

Réalisé par :
Esmir Filho

Avec :
Henrique Larré, Ismael Caneppele, Tuane Eggers, Samuel Reginatto

Scénario :

Esmir Filho, Ismael Caneppele (d’après le roman « Os Famosos E Os Duendes Da Morte »)

Directeur de la photo :
Mauro Pinheiro Jr

Musique :
Nelo Johann

 

 

 

"Dans cette ville, chacun rêvait en secret. Le garçon sans nom a rencontré la femme sans jambes. Ils pouvaient marcher ensemble sur les mêmes rails mais ne seraient jamais écrasés par le même train". C'est par ces mots obscurs et poétiques que débute ce film-ovni, assez difficile à pénétrer. Dans une petite ville du sud du Brésil, Mr Tambourine, 16 ans, fan de Bob Dylan (dont l'ombre plane sur tout le film) et de poésie, s'ennuie à crever et communique sur internet avec des ados de son âge, aussi dépressifs que lui. Pris entre sa vie virtuelle et le monde réel, Tambourine voit peu à peu son quotidien envahi par des rêves étranges et des personnages fantomatiques. C'est le premier long métrage d'Esmir Filho, âgé seulement de 26 ans et déjà réalisateur de nombreux courts très remarqués en festivals. D'une rare maîtrise formelle (le film pourrait, en cela, se rapprocher d'un dispositif d'art contemporain), porté par une écriture imaginative et une patte d'auteur indéniable, Play a song for me réinvente le film d'adolescence, un genre aux codes balisés qui ne surprend guère plus.

 

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Mr Tambourine est amoureux d'une jeune suicidée qui a laissé comme seules empreintes de son existence des films d'elle et un ami, tournés en DV et diffusés sur internet, sur lesquels le jeune homme fantasme morbidement. Des films-aquarelles à l'aura romantique où aucun visage ne sourit jamais et où la mort rôde, omniprésente. Il est difficile de parler d'un film où le récit n'a pas sa place mais où tout fait appel au fantasme et aux sensations. Ici, les êtres et les lieux sont des symboles. Il en est ainsi de ce "pont des suicidés" qui fascine le jeune homme et sert de passage entre deux âges, deux réalités, de ce personnage énigmatique joué par l'auteur du roman dont est tiré le film, Julian, qui semble revenu d'entre les morts et apparait la nuit, comme un "guide", un passeur effrayant…

 

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Tel  un Lynch débutant, Filho travaille les lumières et l'ambiance sonore de son film en véritable surdoué, nous projetant avec délicatesse dans l'inconscient de son personnage principal. Un môme qui rêve d'un autre monde, d'une autre vie, d'un idéal, et qui pour cela, nourrit son imaginaire des images d'autres cœurs solitaires et des mots de Bob Dylan. Le dialogue entre les générations semble coupé. Mr Tambourine est un extra-terrestre chez les siens, comme tant d'autres garçons et filles de son âge, qui ne parvient à partager sa douleur et semble entendre le monde réel en sourdine. Malgré ses nombreuses qualités, on peut aussi fermement s'emmerder devant cette toile abstraite et ces figures sans vie. "Tes yeux pleurent les mêmes désirs que les miens" entend-on à un moment. C'est la beauté infinie du film, à la lisière du fantastique, et de ce qu'on y entend qui nous laisse éveillés. Un cinéma contemplatif, éthéré, sensuel. Un cinéaste rêveur, à maux et à mots. Un pur univers mental…beau et déroutant.

 

Alexandra Louvet