MEDIANERAS ![]()
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Argentine (2011)
95 minutes
Réalisé par :
Gustavo Taretto
Avec :
Pilar López de Ayala,
Javier Drolas
Scénario :
Gustavo Taretto
Directeur de la photo :
Leandro Martinez
Musique :
Gabriel Chwojnik
Le mois dernier était chroniqué dans ces mêmes colonnes (et par
votre serviteur) L’œil invisible de
Diego Lerman, portrait d’une jeune femme dans l’Argentine du début des années
80, le pays étant alors sur le point de basculer dans la modernité et le libéralisme.
Dans ce film, le personnage incarné par Julieta Zylberberg peinait à trouver sa
place entre le traditionalisme imposé par son métier de surveillante dans un
collège d’élites, et sa propre génération, vivant et vibrant au son du rock. Si
Medianeras est totalement différent
dans sa forme, son style et ses ambitions, il pose également, mais trente ans
plus tard, un regard sur la solitude et la frustration dans cette même ville de
Bueno Aires. Contrairement au film de Diego Lerman, où les personnages étaient
en quelque sorte des symboles du pays et de ses mutations, le film de Gustavo
Taretto s’ouvre sur l’idée de l’architecture urbaine comme reflet extérieur des
désordres intérieurs de chacun. Au cœur de la mégalopole monstre, miroir de la
solitude de tous parmi
tous les autres, Mariana, une architecte qui ne construit pas grand-chose
(surtout dans sa propre vie) et Martin, infographiste, vivant un peu comme ces otakus, reclus entre ses ordinateurs,
ses figurines et ses névroses… Ces deux-là ne se connaissent pas mais se
cherchent, se croisent mais ne se reconnaissent pas.

Medianeras est un premier film attachant mais comme nombre de premiers
films, souffre du désir de trop en faire ; le film se promène ainsi entre étude
de mœurs, discours sociologique et comédie romantique chez les adulescents (pardon Bernard Pivot,
pardon maître Capello). C’est dommage, car bien que Gustavo Taretto excelle
pour pointer avec justesse les travers de la postmodernité et la façon dont
celle-ci altère jusqu’à l’absurde le rapport aux autres (les sms, les
messageries instantanées, les sites de rencontre, tout ça…), les affres de nos
deux trentenaires, fussent-ils de Buenos Aires, finissent par avoir quelque
chose de tristement familier de ce côté-ci du globe. À l’image de cette longue
scène de tchat peu passionnante, le cinéaste échoue à faire de son sujet une
véritable matière cinématographique ou poétique, à suggérer plutôt qu’à montrer
ce que le public susceptible de voir un tel film ne connaît probablement que
trop bien. Plus irritante – et paradoxale en regard de la critique de la
modernité revendiquée par l’auteur – est l’abondance d’infographies et surtout
de séquences dans lesquelles il est difficile de ne pas voir des placements
produits pour Apple, MSN ou Youtube ; c’est d’ailleurs sur ce site que le
couple enfin formé (on ne dévoile rien ici, il suffit de regarder l’affiche) uploadera son bonheur triomphant dans un
nunuchissime épilogue.

On sent bien l’ambition à demi avouée du réalisateur de faire avec
Médianeras un Manhattan argentin, mais ni le scénario ni la mise en scène ne
creusent véritablement le postulat – pourtant séduisant – promis par la
séquence d’ouverture ; au final on se retrouve plus du côté d’un film à la
Tom Hanks/ Meg Ryan avec une esthétique Sundance, que chez Woody Allen. Medianeras est très loin d’être un
mauvais film et fonctionne même assez bien en tant que croquis des solitudes
urbaines ; mais un croquis, aussi juste soit-il, n’est pas très
intéressant sans un vrai style.
Fabien Montes